06 novembre 2009
L'art, une question de point de vue
En gribouillant sur mon sous-main au travail des lignes sans queue ni tête, je me suis mise à penser à une « œuvre » que j ‘ai produite en 3e, dont le principe consistait à tracer des lignes, le plus serré possible, en partant d’un coin et en faisant toutes sortes d’ondulations, ce qui donne au final une sorte de dessin psychédélique. J’y avais ajouté des zones de vide dans lesquelles des petits personnages faisaient leur show, soit en étant suspendus au haut de la forme, soit en faisant mine de tomber (et oui, je suis comme ça moi). La prof de dessin, cette année-là avait un système de notation assez particulier : à chaque œuvre rendue, il fallait joindre une fiche sur laquelle on expliquait la genèse de l’œuvre, ainsi que la note qu’on s’estimait devoir. La prof y ajoutait la note qu’elle estimait pouvoir nous donner, et faisait la moyenne des deux. La plupart du temps, je me sous-estimait, perdant ainsi de précieux points. Mais cette fois-là, sachant que mon dessin ne valait pas grand-chose (j’avais repris l’idée d’un devoir de 6e), j’avais un peu gonflé ma note avec comme excuse qu’il fallait saluer l’effort du temps passé sur ce dessin et m’en était tiré avec un 12. Pas si mal.
Comme une réflexion en amène toujours une autre, je me suis ensuite attardée sur un autre cours de dessin, cette fois en 4e. La prof, cette fois-ci, était assez particulière, et peu aimée des élèves (ce qui était exacerbé par le fait qu’elle enseignait une matière que peu apprécient au collège), et elle avait une manie de préciser la prononciation de son nom : Esnault (avec un ‘s’, un ‘l’ et un ‘t’ muet). Ayant moi-même un nom que beaucoup trouvent difficile à prononcer, et étant coutumière de l’écorchage systématique de mon nom, j’étais assez encline à éprouver de la compassion pour elle (en tout cas sur ce point particulier). Mais quand on bout de 6 mois, elle continuer à massacrer mon nom, n’y tenant plus, je me suis mise à l’appeler Essenaülte, et ce, sans me cacher, ce qui n’était pas de son goût, ce qui eut l’effet escompté : à partir de ce jour, mon nom fut prononcé de la façon adéquate, et ce jusqu’à la fin de l’année.
Néanmoins, et malgré ce petit différend, j’appréciais assez ce cours, contrairement à la majorité, en grande partie car Mme Esnault nous avait initiés à l’histoire de l’art, ce qui me passionnait. Lorsqu’elle annonçait « aujourd’hui pas de création, mais de l’histoire de l’art » j’étais ravie (et j’étais certainement une des rares). Elle nous proposait également des sujets assez intéressants dont, en une occasion, celui-ci : l’ordre et le chaos. Je ne me souviens plus de ce que j’avais produit, et ça n’a pas beaucoup d’importance. En revanche, je me souviens parfaitement de ce qu’avait rendu une de mes camarades, car j’avais trouvé son œuvre d’une très grande ingéniosité (mais manifestement, Mme Esnault n’était pas d’accord et n’avait même pas attribué la moyenne à cette production, ce que j’avais trouvé assez injuste, malgré mes sentiments plus qu’hostiles envers l’artiste). Son idée avait été de peindre une feuille en bleu, afin de reproduire la mer, d’une bleu parfaitement uniforme (si uniforme que si elle avait utilisé directement une feuille déjà bleue, le résultat n’aurait pas été aussi parfait) et d’y coller une moitié de bouteille d’eau en plastique coupée en biseau, dans laquelle elle avait glissé une feuille de papier roulée. L’exécution de cette œuvre avait dû lui prendre une quinzaine de minutes, mais l’idée en elle-même m’avait soufflée (tout particulièrement quand j’avais passé plusieurs jours sur ma propre production avec un succès plus que mitigée, alors que son idée était d’une simplicité quasi enfantine). Le calme, la paix, l’ordre, représentée par la mer d’huile de son dessin contrastait tellement bien avec le chaos de ce message dans une bouteille (que j’imaginais immédiatement contenir un message de désespoir, un appel à l’aide qui resterait sans réponse) que même encore aujourd’hui, j’y repense avec admiration et pourtant, je le répète, j’en détestais cordialement l’auteur – mais ceci est une autre histoire.
